Postcard from Emil Bernau, 8. Kom. 98. K. Inf. Reg. (Metzer Regiment), Europeana 1914-1918 /  Ulrich Steinjans, CC0

Introduction

Les lettres étaient un moyen de communication crucial entre les zones de combat et le front intérieur et il s’en écrivait à la pelle. Cela tient, en partie, au service obligatoire qui a emmené des millions de gens, mais aussi parce qu’au début du XXe siècle, les Européens étaient bien plus instruits que lors des siècles précédents. Les services postaux militaires, tels que la Feldpost en Allemagne et le British Army Postal Service, gagnèrent en efficacité pour gérer d’énormes quantités de courrier. Si la censure régnait et que des lettres étaient interceptées pour des questions liées aux services de renseignement, le courrier était d’une importance capitale à la fois pour les expéditeurs comme les destinataires.

De nombreuses familles ont fait part de messages chargés d’émotion, rédigés en quelques mots au dos d’une carte postale, ou sous forme de croquis dessinés sur une lettre. Cette sélection offre un moyen unique d’identifier des sentiments et un vocabulaire partagés des deux côtés des tranchées. 

Un soldat envoie un dernier message chez lui quelques jours avant sa mort

Quand il reçut son ordre d’envoi pour la France, le sergent-major George Cavan sut qu’il n’aurait pas le temps d’informer sa famille.

Mais quand le train de sa troupe passa par la gare de Carluke, près de son domicile en Écosse, Cavan saisit l’opportunité d’au moins tenter de leur faire savoir où il allait. Il griffonna quelques mots pour sa femme Jeanne et leurs deux filles, fourra le message dans une boîte d’allumettes et la jeta par la fenêtre.

Le message poignant, daté du 29 mars 1918, disait : « Ma chère femme et mes chères filles, en route pour la France, je vous aime toutes, Papa. »

Ce qui est étonnant, c’est qu’un passant ramassa la boîte d’allumettes et l’amena à sa famille. Cavan, qui servait dans le 9ème d’Infanterie Légère Highland ((Glasgow Highlanders)  fut tué le 13 avril 1918, quelques jours seulement après son arrivée au front en France.

Maureen Rogers, sa petite fille qui habite Sydney, a dit : « C’est incroyable, Jean apprit que Georges n'était plus de ce monde par une femme dans la rue qui dit combien elle était désolée que cela soit arrivé. Ma grand-mère hurla qu’elle mentait et elle courut chez elle où la nouvelle lui fut confirmée par son régiment. »

« Pour le restant de ses jours, Jean conserva toujours un pendentif avec une photo de George et une autre d’elle-même à l'âge où il disparut. »

Cavan est commémoré au Ploegsteert Memorial to the Missing. 

 

Ma chère femme et mes chères filles, en route pour la France, je vous aime toutes, Papa.
The note that George Cavan sent to his wife, 29 March 1918, Carluke, Scotland, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
The note that George Cavan sent to his wife, 29 March 1918, Carluke, Scotland, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Matchbox with note, Matchbox containing note from George Cavan to his wife and children.29-03-1918; 1918-04-13, Carluke, Scotland, Europeana 1914- 1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Matchbox with note, Matchbox containing note from George Cavan to his wife and children.29-03-1918; 1918-04-13, Carluke, Scotland, Europeana 1914- 1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Locket containing George Cavan's photo, Jean Cavan, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Locket containing George Cavan's photo, Jean Cavan, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Jean Cavan with her three daughters, app. 1920, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA
Jean Cavan with her three daughters, app. 1920, Europeana 1914-1918 / Maureen Rogers, CC BY-SA

Message d’Hitler à son ami

Les sentiments dégagés dans cette carte postale de Munich sont si ordinaires et, pourtant, celui qui en est l’auteur fut le dictateur le plus vilipendé du XXe siècle.

Adolf Hitler fut blessé par un éclat d’obus en octobre 1916 et venait de recevoir son congé de l’hôpital de Beelitz près de Berlin, quand il envoya ce message à Karl Lanzhammer, son camarade de régiment.

Dans ce message, Hitler disait qu’il était à présent avec le bataillon de réserve, qu’il subissait un traitement dentaire et qu’il retournerait au front dès qu’il le pourrait. Il y retourna, en effet, en tant que porteur de messages en mars 1917, à la demande de son 16ème Régiment de l'Infanterie de Réserve de Bavière.

La carte disait « Salutations de Nuremberg », avec une photo du château. Elle a été oblitérée le 19 décembre 1916. Le texte bref, rédigé en allemand, contient au moins une faute d’orthographe. Hitler épela « sofort » qui signifie « immédiatement » avec deux « f ».

Lanzhammer, qui avait servi avec Hitler à Ypres et dans la Somme, fut tué dans un accident d’aviation à Feldmoching le 15 mars 1918 pendant un vol d’essai. Il est à présent enterré dans sa ville natale de Dingolfing.

La carte a été présentée à l’exposition itinéraire de Munich par un collectionneur de timbres de Dingolfing. Elle lui a été donnée le jour de son 65e anniversaire par le directeur d’une caisse d’épargne locale.

Postcard from Hitler to Karl Lanzhammer (front side), 19 December 1916, Europeana 1914-1918, CC BY-SA
Postcard from Hitler to Karl Lanzhammer (front side), 19 December 1916, Europeana 1914-1918, CC BY-SA
Salutations de Nuremberg Adolf Hitler
Dear Lanzhammer, I am now in Munich at the Ersatz Btl. Currently I am under dental treatment. By the way I will report voluntarily for the field immediately. Kind regards A. Hitler  

Dans l’attente de la prochaine carte postale pour savoir ce qui se passe!

Chaque fois que la mère de Michael Hannon, qui habitait Dublin, recevait ces fascinantes cartes, elle ne savait pas à quoi s’attendre.

Dans l’isolement, chaque missive venant de France dévoile une portée de musique, indiquant une sonnerie de clairon militaire différente, tel que le premier rappel, l’appel du dîner et l’extinction des feux. Mais, ensemble, ces 10 cartes postales retracent l’image d’un soldat français.

Hannon faisait partie du Régiment du Leinster des Forces Expéditionnaires de l’Armée britannique. C’est sa petite-fille, Deidre Archer, qui a partagé les cartes postales, avec un coupe-papier sur lequel était inscrit « Lille ».

L’arrière-petit-fils de Hannon entretient les liens de la famille avec les services militaires. Il est membre de l’armée britannique et a servi en Irak et en Afghanistan.

10 postcards that together make an image of a French soldier (front sides), Michael Hannon, 1916, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-NC-SA
10 postcards that together make an image of a French soldier (front sides), Michael Hannon, 1916, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-NC-SA
Letter opener, 1916, Lille, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-SA
Letter opener, 1916, Lille, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-SA
10 postcards (reverse) , 1916, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-SA
10 postcards (reverse) , 1916, Europeana 1914-1918 / Deidre Archer, CC BY-SA

Les croquis dessinés par un soldat entretiennent le moral de sa femme

Chaque carte postale que Marie Gaigl recevait de France de son mari prisonnier de guerre en novembre 1917 était une œuvre d’art.

Mis à part rédiger des messages d’amour, Hans Gaigl faisait toujours en sorte de griffonner l’esquisse d’une personne ou d’une scène pour divertir sa femme inquiète dans son domicile à Munich.

Marie a reçu de nombreuses cartes postales de Hans, soldat du Bayrischen Landwehr Fußartillerie Batallion Nr. 2, 6 Batterie.

S’il était fréquent que les soldats allemands se servent de cartes vierges pour écrire chez eux, en les décorant de leurs propres esquisses, de dessins à l’occasion de Pâques et de Noël ou de scènes des tranchées, il faut dire que les croquis de Bavarian Hans dénotaient un artiste accompli.

Ses nombreux dessins très évocateurs des temps de guerre incluaient : des paysages, des portraits de soldats des différentes nations, des femmes faisant le deuil de la guerre et des nus.

Postcard 'The Heroes death', pencil sketch by Hans Gaigl, 27 November 1917, Mörchingen , Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Postcard 'The Heroes death', pencil sketch by Hans Gaigl, 27 November 1917, Mörchingen , Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Postcard "Opfer" (Sacrifice) pensil sketch by Hans Gaigl, 11 September 1918, Mörchingen , Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Postcard "Opfer" (Sacrifice) pensil sketch by Hans Gaigl, 11 September 1918, Mörchingen , Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Hans Gaigl amidst his comrades at Christmas , undated, Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Hans Gaigl amidst his comrades at Christmas , undated, Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Hans Gaigl's wife Maria in traditional Bavarian dress, undated, Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA
Hans Gaigl's wife Maria in traditional Bavarian dress, undated, Europeana 1914-1918 / Günter Gaigl, CC BY-SA