Joseph, avec une expression sérieuse, regarde vers le haut, vêtu d'un manteau foncé et d'une chemise blanche, sur un fond sombre.
Histoire

Joseph

Qui est l'homme représenté dans Le Radeau de la Méduse ?

Joseph, né dans l’esclavage à Saint-Domingue, devint à Paris un modèle réputé, mondialement connu, grâce au Radeau de la Méduse de Géricault.

Qui était Joseph ?

On connaît bien son visage et son corps. On connaît son prénom et ses surnoms qui sont désobligeants : le « Nègre Joseph » ou « Joseph le Maure ». Mais on sait peu de choses sur l’homme.

Joseph serait né vers 1793 à Saint Domingue (l’actuelle Haïti), au moment où la population servile révoltée se libère de l'esclavage. Il serait arrivé en Europe par Marseille une dizaine d'années plus tard en 1804.

Comment Joseph est-il devenu un modèle pour le Radeau de la Méduse ?

C’est à Paris que sa carrière de modèle décolle : d’abord engagé dans une troupe d’acrobates, il est admiré pour sa carrure athlétique et ses larges épaules. Une allure qui répond aux clichés de l’époque sur le corps noir, « exotique » et stéréotypé.

Lors d'un spectacle acrobatique, il est remarqué par le peintre Théodore Géricault, avec lequel il tisse des liens d’amitié.

Géricault, barbu et coiffé d'une casquette, regarde droit devant lui avec une expression sérieuse sur un fond neutre.

Ce dernier, engagé dans la lutte abolitionniste à travers son art, fait notamment poser Joseph sur sa célèbre toile, Le Radeau de la Méduse (réalisée en 1818/1819).

Il sert de modèle aux trois silhouettes d’hommes noirs qu'on peut voir sur le tableau, dont celle du marin qui domine la pyramide humaine sur le radeau à la dérive, et qui, en agitant le foulard du dernier espoir collectif, donne son sens universaliste et anti-esclavagiste au tableau.

Le Radeau de la Méduse, Théodore Géricault, Wikimedia Public Domain (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) Le modèle Joseph dans Le Radeau de La Méduse, T. Géricault; (marked by JohnNewton8), Wikimedia CC BY-SA (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

L'œuvre a un tel retentissement qu’elle ouvre les portes d’autres ateliers de peintres à Joseph. Il devient l'un des trois modèles masculins officiels de l’École des Beaux Arts, pour un salaire correspondant au quart de celui d'un professeur de l'École. Il pose pour Horace Vernet, Théodore Chassériau, Adolphe Brune, Charles Gleyre.

Carte postale représentant Vernet tenant un pinceau dans une main et une palette dans l'autre. Le texte en-dessous évoque sa vie d'artiste.

La présence récurrente dans les ateliers parisiens de Joseph qu'on disait « jovial », selon les stéréotypes de l'époque, entraîne la publication d’un article par Le Figaro en 1858 : « Il n'est pas en France un seul artiste, peintre ou sculpteur qui ne connaisse Joseph le Nègre, le plus beau modèle qui ait couru les ateliers de Paris ».

Qu'est-il arrivé à Joseph ?

Joseph, avec une expression sérieuse, regarde vers le haut, vêtu d'un manteau foncé et d'une chemise blanche, sur un fond sombre.

Par son charisme, par son professionnalisme, par la longévité de sa présence à Paris, il a incarné aux yeux des générations d'artistes qu'il a inspirées - et des admirateurs de leurs oeuvres - une figure humaine de l'altérité, à une époque où le racisme biologique animalisait au contraire les Africains. Son corps a été utilisé avec respect, comme on peut le voir dans les représentations de Géricault, mais aussi pour perpétuer d'autres stéréotypes chez d'autres artistes.

Avec le temps, on perd sa trace et c'est dans l'anonymat et le dénuement qu'il est mort, sans doute autour de 1860/1870.

Ce qui reste de Joseph, c'est le souvenir de son corps multiplié dans des œuvres d'art comme Le Radeau de la Méduse, qui continue de nous frapper deux siècles plus tard.

En 2021, l'écrivain français Arnaud Beunaiche a publié Je suis Joseph, une biographie imaginaire de Joseph. Le musée Getty a consacré une exposition numérique entière à Joseph en 2023, par Google Arts & Culture, intitulée Étude du modèle Joseph, Paris au XIXe siècle et le romantisme.


Merci à la Fondation pour la Mémoire de L’esclavage (FME) d’avoir partagé cette histoire avec Europeana.