Quitter l'Europe: une nouvelle vie en Amérique

Départ et traversée

Introduction

Le passage de la voile à la vapeur pour la traversée de l'Atlantique vers le milieu des années 1800 permit au voyage d'être plus rapide et moins dangereux. Dans le même temps, l'organisation du voyage devint plus facile puisque les bateaux commencèrent à effectuer un service régulier et qu'il devint possible aux immigrants qui se trouvaient déjà en Amérique, d'acheter à l'avance des billets pour leurs proches ou leurs amis.

Après la longue et difficile traversée de l'océan, la plupart des immigrants aux États-Unis à la fin du 18e et au début du 19e siècle se dirigeaient vers les régions rurales pour devenir fermier. La plupart des immigrants du milieu du 19e siècle, sauf ceux qui avaient les moyens financiers de poursuivre leur voyage, restaient dans les ports où ils étaient arrivés. Le gouvernement américain n'avait pas pris de dispositions pour aider les immigrants à s'acclimater à leur nouveau pays. Après avoir passé une visite médicale et prouvé leur capacité à subvenir à leurs besoins, les nouveaux arrivants se retrouvaient sur les quais où certains étaient attendus par des proches ou des amis alors que d'autres étaient abandonnés à leur sort.

Ports de départ et compagnies maritimes

Rotterdam, aux Pays-Bas ; Anvers, en Belgique ; Hambourg, en Allemagne ; Göteborg, en Suède ; Brême, en Allemagne ; Naples, en Italie et Le Havre, en France, furent des ports de départ importants comme le furent aussi Cork, Belfast, Liverpool et d'autres ports en Irlande, en Angleterre et en Écosse. Dans les années 1840, les bateaux à vapeur commencèrent à transporter les passagers fortunés, alors que les immigrants pauvres faisaient toujours le voyage en Amérique en bateau à voile. Dans les années 1860 et 1870, la taille des bateaux à vapeur augmenta et les compagnies transportèrent les familles pauvres dans l'entrepont à bas prix. Le transport des immigrants vers l'Amérique devint une activité lucrative. Les grandes compagnies européennes de passagers avaient un réseau étendu d'agences de voyage et elles s'efforçaient assidûment de développer les affaires. Les brochures qu'elles publiaient, vantaient les mérites de l'Amérique et ne faisaient rien pour démentir la rumeur qui disait que les rues américaines étaient pavées d'or. Mais les compagnies de bateaux à vapeur devaient choisir ceux qu'elles acceptaient comme passagers, car elles devaient payer le voyage de retour des immigrants refoulés d'Amérique. À cette fin, elles examinaient les candidats au départ pour s'assurer qu'ils satisfaisaient bien aux exigences sanitaires et financières de l'acceptation en Amérique.

Voyage océanique

Avant le milieu des années 1800, le voyage en Amérique était long et difficile. Les immigrants voyageaient d'abord à pied ou en charrette pour rejoindre le port le plus proche où ils cherchaient à trouver un bateau à voile qui les emmène en Amérique. Les immigrants pauvres allaient en Amérique sur des bateaux qui effectuaient la traversée dans l'autre sens après avoir transporté du tabac ou du coton en Europe. Le voyage prenait de 40 à 90 jours, en fonction du vent et du temps. Dans l'entrepont, les bateaux étaient bondés (chaque passager disposant environ de 0,2 mètre carré) et sales (les poux et les rats étaient nombreux), et les passagers avaient très peu de nourriture et d'aération. Environ 10 à 20% des personnes qui quittaient l'Europe, mouraient à bord. À partir des années 1860, le voyage en Amérique devint plus court et moins périlleux ; le chemin de fer permit de rejoindre plus facilement le port de départ et les bateaux à vapeur cherchèrent à attirer des immigrants comme passagers. Les conditions dans l'entrepont étaient toujours difficiles, mais les bateaux à vapeur effectuaient des services réguliers et la traversée ne durait plus que de 7 à 10 jours. Le passage de la voile à la vapeur permit aussi l'émigration temporaire de « travailleurs saisonniers » – des peintres en bâtiment et des carriers qui retournaient dans leur pays d'origine au cours de l'hiver américain lorsqu'ils n'avaient plus de travail.

Port de New York

La plupart des immigrants entraient aux États-Unis par l'intermédiaire du Port de New York. Créé principalement à la demande d'associations de bienfaisance, Castle Garden, situé à Battery Park à l'extrémité sud de Manhattan, fut inauguré en 1855 pour protéger et secourir les immigrants. À partir de 1892, Ellis Island servit de centre d'accueil et de contrôle, chargé de refouler les immigrants inacceptables et d'assister les nouveaux arrivants. En raison du développement d'un sentiment anti-immigrants, la responsabilité du traitement des immigrants fut transférée des États fédérés à l'État fédéral. Environ 80% des 12 millions d'immigrants qui transitèrent par Ellis Island entre 1892 et 1924, furent admis en Amérique quelques heures après leur arrivée. À ceux qui devaient y séjourner plus longtemps, Ellis Island proposait une bibliothèque, un jardin d'enfants et une séance de cinéma hebdomadaire.

Papiers et questions

Le Bureau d'enregistrement d'Ellis Island occupait une grande salle à l'intérieur du bâtiment principal où les immigrants étaient assis sur de longs bancs en bois avant d'être interrogés. À l'appel de leur nom, les immigrants présentaient leurs papiers aux inspecteurs qui les questionnaient : Quel est votre nom? Où êtes-vous né(e)? Combien d'argent avez-vous? Avez-vous déjà été en prison? Avez-vous du travail? Connaissez-vous quelqu'un dans ce pays? En fonction de leurs réponses, les immigrants étaient acceptés aux États-Unis ou renvoyés dans leur pays. Les immigrants avaient la possibilité de protester contre leur exclusion, mais ceux que les inspecteurs considéraient comme incapables de subvenir à leurs besoins, étaient refoulés.

Visite médicale

Bien que la loi fédérale définît ceux qui étaient « indésirables » et qui ne devaient pas être admis en Amérique, c'était aux médecins et aux inspecteurs à Ellis Island et dans les autres ports d'entrée qu'il revenait d'appliquer la loi. À l'arrivée, les immigrants étaient alignés pour être auscultés par un médecin qui examinait leur cuir chevelu, leur visage, leur cou, leurs mains, leur façon de marcher et leur état physique et mental général. À partir de 1905, les immigrants furent auscultés par un deuxième médecin qui examinait leurs yeux. Ceux qui avaient une maladie mentale ou physique les empêchant de gagner leur vie, étaient renvoyés chez eux. Des personnes avec des maladies guérissables étaient parfois retenues à l'hôpital d'Ellis Island où elles étaient soignées jusqu'à leur guérison.

Autres ports d'entrée

Bien que la majorité des immigrants ait transité par le Port de New York, des immigrants arrivèrent aussi par exemple à Boston, au Massachusetts; à Philadelphie, en Pennsylvanie; à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane; à Baltimore, dans le Maryland et, à partir de 1910, à Angel Island, en Californie. De 1855 à 1892, la plupart des immigrants irlandais entrèrent en Amérique par le port de New York; toutefois, un certain nombre d'Irlandais arriva aussi par Boston, Philadelphie et la Nouvelle-Orléans. Les immigrants allemands débarquèrent souvent à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, avant de remonter le Mississipi jusqu'au Midwest ou de se diriger vers l'ouest pour gagner le Texas.