Quitter l'Europe: une nouvelle vie en Amérique

Contact avec le pays d'origine

Introduction

L'émigration vers les États-Unis était une séparation radicale avec la vie antérieure dans le pays d'origine. Les immigrants partaient sans leur famille et leurs amis et pour la majorité d'entre eux, le départ était irréversible. Embarquer sur l'un des grands bateaux d'immigrants signifiait en général ne plus jamais reposer le pied sur le sol natal. Cela ne voulait pourtant pas dire que tous les liens étaient rompus. Malgré la grande distance et l'inexistence de nos moyens de communication modernes, les gens gardaient le contact en écrivant des lettres et des cartes postales. Les immigrants qui avaient réussi, finissaient par pouvoir visiter leur pays d'origine. Les autres pouvaient régler les frais de voyage des membres de leur famille qu'ils avaient laissés derrière eux à l'époque mais qui marchaient désormais sur les pas de leurs parents « américains ».

Lettres et cartes postales

À une époque où nos moyens de communication modernes n'existaient pas, le message écrit l'emportait. À l'époque des bateaux à voile, des mois pouvaient s'écouler avant qu'une lettre postée en Amérique n'atteigne sa destination européenne. Cela s'améliora avec l'introduction des bateaux à vapeur, mais il pouvait toujours se passer plusieurs semaines avant de pouvoir lire les expériences de son correspondant. On n'envoyait pas seulement des lettres traditionnelles; le 19e siècle vit aussi l'introduction de la carte postale, une manière abordable et populaire de rester en contact avec le pays d'origine.
En Europe, un grand nombre de journaux locaux publiaient des lettres d'émigrants américains. Non seulement les parents proches, mais aussi des villageois entendaient ainsi parler de la nouvelle vie en Amérique. Il faut cependant préciser que les histoires décrites dans ces lettres ne correspondaient pas toujours à la situation réelle de la majorité des émigrants. Les histoires qui atteignaient l'Europe, parlaient souvent de réussites. Ceux qui avaient moins de succès dans leur vie américaine, préféraient se taire ou exagéraient leurs accomplissements, de peur d'être considérés comme des émigrants ratés. Parfois, des recueils de lettres étaient publiés sous forme de livres ou de pamphlets, ou les émigrants écrivaient des livres et des guides pour partager leurs expériences et dispenser des conseils sur la meilleure façon de réussir en Amérique.

Visite du pays d'origine

La réussite financière permit à certains émigrants de visiter encore une fois leur famille et leur patrie. Dans la première moitié du 19e siècle, le voyage de retour restait hors de portée de la plupart des émigrants. Les innovations réalisées dans l'industrie maritime firent cependant baisser le prix de la traversée et certains émigrants chanceux eurent alors les moyens d'acheter un billet de retour. L'arrivée de ces « Américains » dans leur ville natale suscitait souvent un élan d'enthousiasme. D'autres émigrants ne visitaient pas seulement leur pays d'origine mais cherchaient aussi une épouse. Pour certaines communautés d'émigrants, il était important que le mariage soit célébré au sein de la même communauté. Cela posait cependant des problèmes s'il n'y avait pas assez de femmes dans les communautés en Amérique. Des hommes célibataires se rendaient donc dans leur pays d'origine pour y trouver une épouse convenable et la ramener aux États-Unis. D'autres personnes qui souhaitaient se marier, ne visitaient pas leur pays mais trouvaient un conjoint par lettre.
Il y avait aussi des émigrants qui retournaient sur le continent européen dans des circonstances moins heureuses. Lorsque l'Amérique rejoignit les forces alliées en 1917, de nombreux émigrants (ou leurs fils) s'enrôlèrent pour se battre dans les tranchées. Ils s'engagèrent en partie parce qu'ils se sentaient concernés en raison de leurs origines, mais aussi parce que servir dans l'armée américaine était une façon de prouver leur loyauté à l'égard de leur nouvelle patrie. Cela avait déjà eu lieu auparavant pendant la guerre de Sécession et cela se reproduisit une nouvelle fois en 1917 lorsque, par exemple, des milliers d'Américains d'origine italienne participèrent à l'effort de guerre.

Nouveaux émigrants, émigrants de retour

Ces visites, ces lettres, ces livres et ces pamphlets familiarisèrent les gens avec l'Amérique, ce qui aboutit à de nouvelles vagues d'émigration. Des amis et des parents dans les pays d'origine, enthousiasmés par les histoires qu'ils avaient entendues, souhaitèrent désormais aussi recommencer une nouvelle vie aux États-Unis. Dans certains cas, cela suscita une véritable « fièvre de l'Amérique », avec l'émigration de familles complètes voire de populations entières de petits villages. Les compatriotes qui vivaient déjà en Amérique, aidaient les nouveaux immigrants en leur envoyant des billets pour la traversée de l'Atlantique et, lorsqu'ils étaient arrivés, en leur trouvant un logement et un emploi. Par opposition à ces nouvelles vagues d'émigration, il y eut aussi des émigrants qui retournèrent définitivement dans leur pays d'origine. Il s'agissait de personnes pour lesquelles le « rêve américain » n'était jamais devenu réalité ou de gens qui avaient le mal du pays et auxquels manquaient la terre et la culture où ils avaient grandi. Leur nombre varia fortement en fonction du pays et de la période considérés. On estime que près de 15% de tous les immigrants néerlandais pendant la période 1880-1920, retournèrent dans leur pays. Ces chiffres furent même plus élevés pour les Italiens à certaines périodes et l'on estime qu'ils ont été jusqu'à avoisiner les 30%. Pour beaucoup d'autres émigrants, le retour n'était même pas possible. Ils n'avaient pas les moyens de payer le voyage de retour ou la situation dans leur pays d'origine, ravagé par la guerre ou les persécutions, les en empêchait.