Matchbox crafted and inscribed by Otto Arndt for Bernard Darley, 3rd September 1919 , Europeana 1914-1918 / Merilyn Jones , CC BY-SA

Introduction

Les expériences inhabituelles ou les événements fortuits, voire des miracles, ont donné naissance à quelques-uns des récits les plus étonnants qui ont émergé de ce projet. Qui aurait pu croire qu’une amitié naîtrait entre deux ennemis à la suite d’un sauvetage lors d’un incendie ? Qui pourrait penser que des soldats aient été épargnés par les coups de feu grâce aux affaires qu’ils portaient sur eux ? Ou bien encore, qui pourrait imaginer une icône dans une bouteille ? L’un des éléments édifiants dont on ne se lasse de cette initiative est qu'il serait difficile de catégoriser ces objets, mais aussi que ces derniers n’ont peut-être encore jamais été présentés en public auparavant. Ils ont plutôt été conservés par des familles à titre de figures légendaires ; souvenirs d’une époque passée et de tous ces gens dont la mémoire est saluée aujourd’hui grâce à ces souvenirs.

'La Bible qu’avait mon père lui a sauvé la vie ’

Kurt Geiler, fervent chrétien, n’allait nulle part sans sa bible. Sa foi le lui rendit bien, en 1917, lorsque le précieux livre relié de cuir lui sauva la vie.

Durant l’interminable guerre des tranchées se déroulant dans le nord-est de la France, le fantassin allemand dormait, comme d’habitude, la tête reposant sur sa bible. Sans prévenir, un coup direct détruisit presque complètement son abri, blessant et tuant nombre de ses camarades.

Indemne, Geiler réussit à sortir des gravats. Ce n’est que plus tard, en récupérant sa bible, qu’il comprit, à son grand étonnement, que le livre saint lui avait sauvé la vie.

Son fils, le professeur Gottfried Geiler, de Leipzig, a raconté : « Sous sa tête, un grand éclat d’obus de 4 cm avait déchiré la Bible. L’éclat était passé au travers, mais pas complètement, ainsi, mon père ne fut pas blessé et resta en vie. »

« C’est la vérité... Cette bible que nous avons gardée depuis dans la famille à titre de précieux souvenir représente vraiment son salut. »

Markus Geiler, petit-fils de Kurt Geiler, a ajouté que cette bible était considérée comme une « commémoration antiguerre » par sa famille.

« Je me rappelle très bien mon père nous dirigeant vers sa bibliothèque, l’ouvrant et sortant cette bible emballée de papier épais », a-t-il raconté.

« Il a dit : “Regardez, c’est ce qui a sauvé la vie de votre grand-père.” C’était toujours un moment très spécial quand il déballait ce livre. » 

Leather-bound bible that saved Kurt Geiler's life, 1917, Verdun, Europeana 1914-1918 / Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA
Leather-bound bible that saved Kurt Geiler's life, 1917, Verdun, Europeana 1914-1918 / Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA
Kurt Geiler (left), 1917, Europeana 1914-1918 /  Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA
Kurt Geiler (left), 1917, Europeana 1914-1918 / Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA
Markus Geiler with the Bible , 2012, Europeana 1914-1918 / Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA
Markus Geiler with the Bible , 2012, Europeana 1914-1918 / Prof. Dr. Gottfried Geiler, CC BY-SA

Sauvé après deux journées difficiles

Un soldat britannique laissé pour mort après avoir reçu des balles dans les deux jambes lors de la bataille de la Somme fut sauvé par les troupes alliées qui partageaient la même tranchée.

John Stafford se trouvait à peine à 18 m des Allemands lorsqu’il fut blessé pendant la bataille symbolique de 1916, qui fit 420 000 victimes britanniques, dont près de 60 000 le premier jour seulement.

Sa fille, Joan Almond, 85 ans, qui vit à Preston, dit que, pendant deux jours, son père a navigué entre conscience et inconscience, avant d’être rescapé. Son récit a été repris dans un mémoire que sa famille a tapé pour le conserver précieusement.

« Fort heureusement, même s’il s’est retrouvé avec une jambe plus courte de 9 cm et qu’il a dû porter une bottine orthopédique toute sa vie, les médecins ont réussi à sauver sa jambe gravement blessée. »

Mais la guerre a fait des ravages chez John, a précisé Joan, qui a remis une copie des souvenirs qu’avait son père du conflit.

« Mon père était un homme merveilleux », dit-elle. « Mais, en regardant en arrière, je pense que la guerre doit l’avoir beaucoup tourmenté, particulièrement lorsque vous lisez son récit. Ma mère l’encourageait beaucoup à mettre noir sur blanc ses expériences et cela semblait l’apaiser. »

John Stafford, 5th Liverpool Regiment, in uniform, 1915-1916, Liverpool, Europeana 1914-1918 / Joan Almond, CC BY-SA
John Stafford, 5th Liverpool Regiment, in uniform, 1915-1916, Liverpool, Europeana 1914-1918 / Joan Almond, CC BY-SA

Sauvé par un crucifix et un acte d’humanité

James Burke a toujours défendu qu’il doive la vie à deux choses : le crucifix en métal qu’il portait dans la poche de son revers et un officier allemand qui empêcha qu’il soit tué.

Le soldat de 22 ans du régiment des fusiliers irlandais royal combattait à St Quentin, dans le nord de la France, au cours de la dernière grande offensive ennemie du 21 mars 1918, lorsqu’il fut touché à la poitrine par un tireur allemand embusqué.

La balle ricocha sur la branche d’une croix de 7,5 cm qu’il portait toujours dans sa tunique, le blessant juste au-dessus du cœur. Mais, alors que ce soldat de Dublin demeurait blessé et inerte, il risqua à nouveau d’être tué.

« Par chance, un jeune officier allemand intervint et il emmena James à un hôpital de campagne où on lui sauva la vie », a indiqué Don Mullan qui a amené le crucifix terni à l’exposition itinérante de Dublin.

« James a toujours dit devoir la vie à cette croix et à cet officier allemand qui lui a manifesté un moment d’humanité », a ajouté Don, à qui Gary, le fils de Private Burke et parrain de Margaret, l’épouse de Don, remit ces effets de la Première guerre mondiale.

Metal crucifix of James Burke , 1915-1916, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Metal crucifix of James Burke , 1915-1916, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Service medals, German medals and a crucifix, 1915-1916, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Service medals, German medals and a crucifix, 1915-1916, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Items related to James Burke's experience as a prisoner of war, 6 March 1919, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Items related to James Burke's experience as a prisoner of war, 6 March 1919, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Reverse of items relating to James Burke's experiences as a POW, March 1919, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA
Reverse of items relating to James Burke's experiences as a POW, March 1919, Europeana 1914-1918 / Don Mullan, CC BY-NC-SA

Une amitié se crée entre deux ennemis après un sauvetage dans un incendie

Deux ennemis, un Anglais et un Allemand, sont devenus amis pour la vie après s’être instinctivement jetés dans un bâtiment en feu pour empêcher l’incendie d’atteindre une centrale électrique à proximité.

Bernard Darley, aviateur en chef du Armée de l’Air (RAF) était basé dans les ateliers de St Omer, dans le nord de la France, quand l’incendie a débuté, le 2 septembre 1919.

Craignant que la chaleur ne fasse exploser les réservoirs d’essence et de gazole au-dessus du bâtiment, déclenchant des étincelles au niveau des câbles électriques à nu transportant 15 000 volts de tension à la centrale électrique, Bernard et Otto Arndt, prisonnier de guerre allemand, savaient qu’ils devaient agir rapidement.

Une lettre du capitaine de Bernard faisant l’éloge de sa bravoure raconte qu’il affronta les flammes avec un extincteur, avant de traîner un tuyau qui lui avait été tendu par une fenêtre par un pompier.

« Mon grand-père, Bernard, et Otto ont poursuivi leur avance dans ce bâtiment en feu, en prenant des risques pour leur propre sécurité, afin d’éteindre l’incendie », a indiqué Merilyn Jones, de Sutton Coldfield. « Je suis vraiment très fière de ce qu’il a fait. »

La boîte d’allumettes qui dit « St Omer » d’un côté et « Souvenir de France » de l’autre est un cadeau qu’Otto a fait pour Bernard afin de célébrer le drame qui scella les liens de cette amitié tout à fait inattendue.

Portrait of Bernard Darley, 1918, Europeana 1914-1918 / Merilyn Jones , In Copyright
Portrait of Bernard Darley, 1918, Europeana 1914-1918 / Merilyn Jones , In Copyright
Margaret Darley and St Johns Ambulance Wife of Bernard Darley., undated, Europeana 1914-1918 / Merilyn Jones , In Copyright
Margaret Darley and St Johns Ambulance Wife of Bernard Darley., undated, Europeana 1914-1918 / Merilyn Jones , In Copyright

À quelques centimètres d’une vie effacée

Après avoir survécu au coup direct porté par l’éclat d’un obus allemand, William Andrews quitta la bataille de la Somme sur une civière. Depuis, plus moyen qu’il se sépare du casque qui lui sauva la vie.

« Donnez-le moi, il m’a sauvé la vie. Je veux le montrer à mes petits-enfants », dit-il au jeune officier qui lui avait suggéré de le jeter.

Et, fidèle à sa parole, Andrews, qui servit comme lieutenant, capitaine par intérim et major dans les le corps Royal du Génie (Sappers), réussit à préserver le couvre-chef chahuté pour ses descendants.

Le casque dont il manque un morceau a été présenté à l’exposition itinérante sur la Première guerre mondiale de Dublin par son fils Michael Andrews et son petit-fils Vincent Murphy.

Murphy précise que c’est devenu pour sa famille un objet légendaire attestant de la bravoure d’Andrews, reconnu également par le roi George V, qui épingla la croix militaire sur la poitrine du combattant lors d’une cérémonie à Buckingham Palace en avril 1917.

« Si l’éclat d’obus était passé 2 à 5 cm plus bas, nous n’aurions jamais existé », a raconté Murphy, de Dublin.

Andrews n’a jamais raconté précisément à sa famille ce qui est arrivé lorsqu’il a été blessé, à l’âge de 24 ans, mais ils ont depuis découvert qu’il avait passé 10 jours dans un hôpital de campagne avant de revenir dans les tranchées.

Michael Andrews a dit que le casque était un « souvenir très vif et très précieux » du service de son père pendant la guerre. « Le fait d’avoir survécu en ayant été touché par une telle force tient du miracle », a-t-il ajouté.

 

William Andrews' helmet, damaged by shrapnel, 1916-1918, Somme, France, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA
William Andrews' helmet, damaged by shrapnel, 1916-1918, Somme, France, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA
William Andrews' helmet, 1916-1918, Somme, France, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA
William Andrews' helmet, 1916-1918, Somme, France, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA
Medals - reverse, 25/4/1917, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA
Medals - reverse, 25/4/1917, Europeana 1914-1918 / Michael Andrews, CC BY-SA

Un adolescent qui devient médecin

Fort d’une petite expérience médicale de premiers soins avec son église locale, Church Lads Brigade, Billy Draper s’engage dans l’armée. Et à peine quelques mois après, le voilà qu’il se trouve envoyé en France pour soigner des blessés.

Draper, originaire de Haslinton, East Lancashire, avait 19 ans en 1915 quand il devint soldat du 19ème compagnie du Corps Médical de l’Armée Royale, une unité appelée localement « The Whalley Pals ».

Sur les 600 jeunes amis et collègues qui se sont engagés, nombre d’entre eux ne revinrent pas de la guerre. Ceux dont la vie fut sauve continuèrent de commémorer leurs années de guerre lors d’un dîner-réunion, chaque année. La tradition s’est finalement éteinte lorsque trois membres seulement pouvaient se retrouver.

Lors d’une interview avec Grant Smith, l’un de ses amis, Draper, alors âgé de 101 ans, raconte comment il a été témoin d’une contre-attaque sur le village français de Péronne, dans la Somme. Il se rappelle également comment il a traité les blessés dans un poste d’artillerie belge, qui faisait office de poste de secours temporaire, et où il marquait d’un « M » les soldats qui avaient reçu de la morphine.

Draper est décédé d’une pneumonie en 1997 après avoir fait une chute et s’être cassé la jambe.

Smith, de Lytham St Annes, a indiqué : « Ce qui m’a étonné concernant Billy, c’est son sens de l’humour plutôt caustique. Il doit avoir assisté à des scènes terribles durant la guerre, mais je suis sûr que sa capacité à rire l’a aidé à passer au travers. »