Le long de la rivière Sangha, entre Ouesso et Gandicolo (Moyen-Congo), André Didier, CNRS-CREM, CC BY-NC-ND

Donner la part belle au son et à l’image

A peine terminées ses études d’ethnologie, Noël Ballif, qui n’a alors que 23 ans, se lance dans l’organisation d’une expédition scientifique en Afrique Équatoriale, dont l’objectif serait de traverser le Moyen-Congo et le Gabon en compagnie d’une équipe de scientifiques et techniciens issus de différents horizons.

Ancien élève de Marcel Griaule et Michel Leiris à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Paris, Ballif rêve de marcher sur les traces de ses illustres professeurs, anciens membres de la célèbre Mission Dakar-Djibouti (1931-1933).

Au prix de quelques difficultés, il parvient à réunir les fonds nécessaires pour le voyage, grâce au soutien des Ministères de la France d’Outre-Mer et de l’Education Nationale. Il s’entoure d’une équipe pluridisciplinaire, composée essentiellement d’anciens camarades d’université ou de connaissances. L’ambition affichée est d’étudier autant la préhistoire et la géologie que l’ethnologie, la musicologie et la linguistique.

La Mission entend donner la part belle au son et à l’image, ce qui explique la présence de spécialistes de l’enregistrement sonore, du cinéma et de la photographie parmi les membres de l’équipe.

 

Une équipe pluridisciplinaire

Parmi les douze membres de la Mission Ogooué-Congo figurent des scientifiques, des ingénieurs et des réalisateurs. Y figurent ainsi des ethnologues (Noël Ballif et Raoul Hartweg), un ethnomusicologue (Gilbert Rouget), des archéologues (Francis Mazière et Erik Hinsch), un ingénieur (André Didier), un professeur de sciences physiques (Guy Nief), un géologue (Guy de Beauchêne), des cinéastes (Jacques Dupont et Edmond Séchan), un photographe (Pierre-Dominique Gaisseau) et un peintre (Pierre Lods).

Seul membre de l’expédition toujours en vie, Gilbert Rouget a fêté son cent-unième anniversaire en juillet 2017.

Il a 30 ans lorsqu’il rejoint l’équipe de la Mission Ogooué-Congo. Cela fait alors quatre ans qu’il travaille au Musée de l’Homme comme assistant d'André Schaeffner, le responsable du département d’ethnologie musicale.

Rouget est le seul spécialiste de la musique de la mission mais il est assisté par André Didier et Pierre-Dominique Gaisseau pour réaliser les enregistrements. Didier est un spécialiste de l’enregistrement sonore, qui est à l’époque chef de travaux pratiques au Laboratoire de Téléphonovision du Conservatoire National des Arts et Métiers.

A travers le Moyen-Congo et le Gabon

Les membres de l’expédition quittent Paris le 17 juillet 1946 à bord de trois Junkers 52, d’anciens avions militaires allemands appartenant à l’armée française. Ils arrivent à Brazzaville, alors capitale de l’Afrique Équatoriale Française, après une semaine de voyage et des escales à Alger, Aoulef, Gao, Lagos et Pointe-Noire.

Equipés de près d’une tonne de matériel, ils se rendent en camion à Ouesso, dernière ville avant la frontière avec le Cameroun, à environ 1000 kilomètres au nord de Brazzaville.

Pour rejoindre la Forêt Équatoriale et aller à la rencontre des tribus pygmées, ils poursuivent ensuite leur voyage en pirogues le long de la rivière Sangha, un affluent du fleuve Congo, et débarquent à Gandicolo, dans la région de la Haute-Sangha. Accompagnés de guides et de porteurs, ils parcourent la forêt, croisant gorilles et éléphants sur leur chemin, et atteignent finalement des campements de Pygmées Babinga. Ils y passent près de six semaines en totale immersion, du 26 août au 6 octobre 1946.

Le retour s’effectue en pirogues jusqu’à Brazzaville le long de la rivière Sangha puis du fleuve Congo. De-là, ils rejoignent Franceville, au Gabon, par la route, puis descendent le fleuve Ogooué jusqu’à Lambaréné, ultime étape de la Mission Ogooué-Congo avant le retour à Brazzaville puis la France en décembre 1946.