Percussionnistes, Pikounda (Moyen-Congo), André Didier, CNRS-CREM, CC BY-NC-ND
Des documents sonores et visuels fascinants

Le “jodel” des Pygmées Babinga

Lors de son immersion dans les campements de Pygmées Babinga à proximité de Gandicolo, Gilbert Rouget a pu assister à plusieurs rituels qu’il s’est par la suite attaché à décrire et analyser.

Comme il l’a souligné dans son article de 2004 L’Efficacité musicale: musiquer pour survivre - Le cas des Pygmées, les pratiques musicales des Pygmées Babinga à l’époque de la Mission Ogooué-Congo sont étroitement liées à la pratique de la chasse à l’éléphant. Parmi les documents sonores collectés lors de la Mission figurent par exemple plusieurs enregistrements du Yeli, un chant choral polyphonique “jodlé” exécuté par un groupe de femmes et mené par la femme du chef des chasseurs, en vue du succès de la chasse. Cette technique vocale fascina Rouget lorsqu’il l’entendit pour la première fois, elle retint également l’attention du grand ethnomusicologue roumain Constantin Brăiloiu, qui lui consacra en 1949 une partie de son article “A propos du Jodel” après avoir écouté les enregistrements de la Mission Ogooué-Congo. 

Au cours de ce séjour, Rouget et Didier ont également enregistré plusieurs fragments d'Edzingi, une cérémonie qui a lieu après une chasse à l’éléphant réussie. Ce rituel de plusieurs heures qui allie chants, percussions et danses met en scène un personnage costumé et masqué représentant symboliquement l’éléphant.

Des enregistrements qui font date dans l’ethnomusicologie en France

De par leur nombre, leur qualité et leur intérêt scientifique, les enregistrements sonores réalisés lors de la Mission Ogooué-Congo ont fait date dans l’histoire de l’ethnomusicologie en France.

Un corpus de 500 enregistrements désormais consultables dans Europeana, permet de découvrir les instruments de musique emblématiques de la région comme la sanza, un petit “piano à pouces” composé d’un support en bois et de lamelles métalliques, le pluriarc, un instrument à cordes pincées, le xylophone; la  et de nombreux exemples de percussions.

Y figurent également des chants de piroguiers, enregistrés au Gabon sur le fleuve Ogooué, que Rouget et Didier compareront à leur retour à des negro spirituals

Des documents dispersés dans plusieurs fonds d’archives en France

La totalité des archives sonores  de la Mission Ogooué-Congo font partie des collections du CNRS-Musée de l’Homme, gérées par le CREM (Centre de Recherche en Ethnomusicologie). Au delà de ces 600 enregistrements sonores, de nombreux autres documents ont été collectés et produits au cours de la Mission : près de 120 objets, 3000 photographies, des notes de terrain très détaillées, des dessins et des films.

Ces documents sont aujourd’hui dispersés entre plusieurs fonds d’archives publics et privés en France. Le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac possède notamment une importante collection d’objets collectés pendant la Mission, parmi lesquels figurent de nombreux instruments de musique, des outils agricoles, des armes, des instruments de chasse et des vanneries. Les nombreuses photographies prises par Noël Ballif et André Didier apportent quant à elles un complément visuel fascinant aux enregistrements sonores de la Mission, ils permettent également de découvrir des portraits des membres de l’expédition et des témoignages sur leur quotidien.