Title

Carnets de guerre du chasseur Joseph Bochet (août 1914 - juillet 1915)

War notebooks of chasseur Joseph Bochet (August 1914 - July 1915)

Description

    • Cette histoire est celle de mon grand Pére, un savoyard bien trempé et robuste de la Vallée du Beaufortin bien connue pour son fromage le "BEAUFORT" Mon pére est née en 1919 suivi d'un frére et 3 soeurs, moi je suis née en 1953, j'ai connu mon grand pére jusqu'en 1975 date de sa mort due aux sequelles de cette blessure à la tête 61 ans apres , aveugle de l'oeil droit et sourd de l'oreille droite, il à fait carriere dans les PTT en faisant à l'époque sa tournée de distribution à pieds par monts et parts vaux, dans sa contrée bien aimée.
    • Aix-les Bains le 5-4-1915 Etendu sur mon lit d’hôpital par suite de la douloureuse opération que je viens de subir j’ai tout le loisir de songer et de réfléchir. Je me propose d’écrire. Je voudrais donc retracer brièvement toutes les péripéties de mes aventures guerrières durant les campagnes 1914 et 1915 depuis le début jusqu’à l’heure actuelle. A l’heure critique et inoubliable de la brusque mobilisation j’étais à Paris comme garçon d’Hôtel. Vivement je fais un rapide inventaire de mes effets; je mets en ordre mes petits comptes et affaires personnelles pour en faire parvenir le tout à mes parents et je me dirige rejoindre mon corps à Annecy. Je quitte Paris encore sous le coup des actes sensationnels : la grâce de Madame Caillaux et l’assassinat de Jaurès . Inutile de m’arrêter à ce détail : c’est simplement pour nous tous les bouleversements de la crise. Comme l’indiquait mon livret je devais partir immédiatement sans délai et me mettre à la disposition de l’autorité militaire à la gare de Lyon d’où elle se trouvait déjà envahie par les mobilisés que le même ordre l’indiquait sur leur livret. Je fus alors embarqué vers 11h30 le dimanche 2 août et nous partîmes avec un entrain et un courage insurmontables dont pendant tout le courant de route il s’échappait de tous les cœurs des chants patriotiques et nous arrivâmes à destination le 3 vers 2h de l’après-midi dont directement nous nous sommes mis à la disposition de notre commandant de Compagnie. Mais les compagnies étant déjà à ce moment formées et prêtes à s’embarquer avec les mobilisés les plus proches je fus tout d’abord destiné à former la réserve du 11e du dépôt d’Annecy. Cela ne me plaisait plus ou moins de m’être dérangé de si loin et si vite pour venir faire la planche à la caserne. Aussi lorsque deux jours après l’on forma le 51e Bataillon de réserve je sollicitai le commandant de la 8e Compagnie le lieutenant Sibeyrand de vouloir bien m’enrôler dans ce Bataillon; ma demande fut acceptée et je fus versé dans cette compagnie. Je fus donc vivement habillé ; des bonnes dames s’étaient dévouées pour nous venir en aide dans la couture des écussons du 51e ou autres points divers entre autre nous fûmes presque tout tapissés de médailles ou autres petits porte-bonheur offerts par eux et cousus sur nos effets soigneusement (par eux aussi). Enfin nous fûmes habillés et équipés en rien de temps sans que rien ne cloche et le soir au 6 nous passâmes la revue du commandant le capitaine Dechamp et à une heure du matin nous partîmes par une direction encore inconnue celle d’Aime (Savoie). Nous y arrivâmes vers 1 heure de l’après-midi. Deux compagnies la 7e et 8e allaient cantonner à Mâcot et les autres resteraient à Aime même. Là fut le lieu de nos manœuvres préparatoires à la guerre et ça bardait pas mal pour l’entraînement qui nous manquait à ce moment. Mais il le fallait pour nous refaire au métier. Aussi lorsque nous reçûmes l’ordre de partir pour le front nous étions en parfait état de supporter toutes les fatigues de la guerre. Enfin l’heure critique c’est l’heure d’aller montrer ce que nous sommes les Alpins ! Il faut partir! Reviendrons nous? Dieu seul le sait! Nous partons tous mes compagnons nos chefs avec une dose de courage sans pareil. Nous avons assisté à une dernière bénédiction donnée par le curé de Mâcot qui nous exhorta à faire notre devoir. Le 22 vers 10h du soir nous quittâmes Mâcot en chantant la Sidi-Brahim et vers 11h nous embarquions en gare d’Aime toujours pour une direction inconnue mais que nous savions certain que c’était la route du front. Nous allions donc venger nos frères trop déjà nombreux hélas tombés au champ d’honneur. Le voyage fut long et dur car nous avons fait le parcours dans des wagons à bestiaux aménagés pour cela et dura trois nuits et deux jours. Mais il fut encore assez gai car nous partions dans le ferme espoir de vaincre et nous fûmes acclamés dans toutes les gares et restaurés. Nous devions selon certains dires cantonner à Gray le 23 au soir mais arrivé dans cette localité il y eut contre ordre et quoique étant déjà épuisés par la chaleur et la fatigue nous dûmes rouler encore toute la nuit. Le lendemain arrivant près d’Epinal nous commençâmes à entendre le canon. Alors je résolu d’écrire une dernière fois à mes parents avant d’arriver sur le champ de bataille car je m’y croyais bientôt arrivé leur faisant part de mes impressions subies en route je leur fais mes adieux je leur dis d’espérer. En gare d’Epinal je fis partir cette lettre et après un court arrêt nous repartons plus loin. A la sortie de la gare nous apercevons un wagon de 1ere classe complètement informe. D’où venait il ? comment avait il subit cette mutilation ? c’est ce que chacun se demandait. mais à quelques kilomètres plus loin nous fûmes renseignés sur ce spectacle en apercevant les tombes à coté d’un cimetière couvertes de fleurs. C’était le tamponnement d’un train transportant des soldats du 159e d’infanterie qui venait de se battre comme des lions en Alsace et était dirigé sur St Dié dont 84 y ont trouvé la mort et un grand nombre de blessés. Ce terrible accident avait coupé la voie pour un jour ou deux. Les troupes n’ont donc pu être concentrées assez vite dans les environs de St Dié et c’est ce qui a été soi-disant la cause de notre première défaite. Plus loin encore nous rencontrons un train sanitaire transportant des blessés que leur état nous faisait pitié à voir car c’était les premiers que l’on apercevait et plusieurs autres transportaient des jeunes gens aptes pour le service que leur pays menaçait d’être envahi par l’ennemi et aussi des trains de ravitaillement de vivres qui faisaient demi-tour. C’est déjà une vision de guerre qui est là devant nos yeux. Enfin nous ne sommes point encore au terme...Quelques kilomètres encore et nous sommes à St Dié. Mais nous dûmes encore passer la nuit du 24 août dans le train et à la pointe du jour le 25 l’on nous annonce que nous sommes arrivés. Nous descendons alors du train et nous cassons la croûte en attendant l’ordre de débarquer prendre position. Et bientôt le canon se fit entendre sans discontinuer. Et bientôt l’on aperçoit un avion qui vient nous survoler: c’était un taube. Vivement l’on fait un feu à répétition dessus mais malheureusement sans succès il put s’enfuir et regagner ses lignes sans incident je pense. Nous restâmes encore quelques heures à la gare et pendant ce temps l’on apprit que des blessés prisonniers étaient abrités dans un hangar tout près et nous allons pour la première fois les voir. Mais avant d’arriver vers eux un spectacle affreux se présente à nos yeux. Des morceaux de débris de fusils informes, des manteaux, des tuniques, des capotes déchirées trouées de balles et tachées de sang et ayant dû appartenir à des régiments du 30e et du 140e d’infanterie de ligne où je savais que plusieurs amis en faisaient parti et je me demandais si je ne me trouvais pas réellement en présence des effets leur ayant appartenu. Enfin nous arrivons vers cet hangar où une sentinelle de la territoriale était en faction. Nous la supplions de nous laisser passer pour voir ces soldats Kaiser et malgré sa défense absolue nous forçons la consigne et un camarade parvint à ouvrir la porte et nous le suivons tous en bousculade et nous avons pu voir ce que c’étaient ces hommes et nous nous retirons de suite afin de ne pas attirer l’attention des chefs de ce pauvre territorial qui avait été impuissant de faire respecter ses consignes. Vers 8 h nous fûmes dirigés sur différents points de la ville soi-disant pour y cantonner mais en cantonnement d’alerte. Là immédiatement l’on se débarbouilla et ensuite chacun se préparait à installer une cuisine et prendre un petit repos bien gagné. Le jus et les frites étaient bientôt prêtes lorsque nous reçûmes l’ordre de partir donc adieu aux pommes frites et au jus. Tout fut renversé et 5 minutes après l’on rompait les faisceaux et nous voila partis. A quelque cent mètres nous fûmes tous rassemblés là, l’on toucha chacun 120 cartouches et chacun une boule de pain pour 2 jours et autres vivres divers et nous allions rejoindre le secteur et remplir la mission que l’on venait de recevoir en chantant les Allobroges et les Montagnes des Pyrénées et plusieurs autres chants patriotiques au son du canon qui de plus en plus se faisait entendre au milieu des acclamations de la population de la ville qui nous couvrait de fleurs et nous passait des bouteilles de leur vieux vin en disant: " il vaut mieux que ça soit vous qui les ai que les boches ". Bientôt l’on arrive à un tournant de route où l’on nous fait marcher en tirailleur l’arme à la main et sans plus chanter même que parler à voix basse. Cela me rappela de suite les manœuvres d’exercice de guerre en temps de paix qui n’étaient qu’un amusement et dont en ces temps l’on aurait jamais cru que cela servirait et viendrait à la réalité. Ce jour alors s’en a été et je vous assure que l’on utilisait le terrain lors même qu’il n’y avait guère du danger. A une centaine de mètres plus loin ma section s’abritait derrière une maison pour le reste de la journée à 2 kilomètres de la ville. Le propriétaire de la maison vida sa cave pour nous donner à boire que notre soif était inaltérable et le soir lorsque l’ordinaire fut arrivé la compagnie y fit sa popote. L’on y cantonna, la soupe fut mangée vers 10h du soir. Ensuite des patrouilles furent envoyées dans certaines directions ou rien d’anormal fut signalé pendant la nuit. Le matin réveil avant le jour nous buvons encore le café qui devait être plus que le seul repas chaud de la journée et nous reprenons notre ancien poste de la veille. Mais vers 6 heures du matin d’après certains renseignements obtenus par des patrouilles nous dûmes changer de position pour se trouver caché de la vue de l’ennemi qui venait d’avoir un succès sur le 62e Chasseurs et avait légèrement avancé sur notre gauche. Vers 8 h du matin le canon ennemi fait entendre son ronflement sinistre d’où les obus venaient éclater coup sur coup de 1000 à 1500 mètres de nous dirigés principalement sur des villages qui flambaient en un clin d’œil et de nos régiments et convois régimentaires qui ne savaient de quel côté passer pour les éviter. Ce spectacle s’offrait à nos yeux en plein et l’on s’estime heureux d’avoir été si bien placé pour éviter ce bombardement. Mais vers midi le spectacle change, des obus sont envoyés directement sur la ville en passant tous sur nous a une cinquantaine de mètres de hauteur et allaient tomber de 500 à 1000 mètres plus loin sans nous faire le moindre mal tous ont fait bon voyage pour l’endroit destiné la ville. Pendant ce temps plusieurs taubes nous survolèrent et nous leur firent la chasse toujours sans résultats. Vers trois heures notre batterie de montagne aperçoit à quelque 100 mètres de nous une troupe de uhlans chargeant une de nos compagnie. En quelques minutes nous avons eu raison d’eux la troupe de uhlans fut anéantie en un clin d’œil et la compagnie sauve. Mais quelques minutes après nous fûmes repérés et après des obus arrivent brusquement et tombent tous près de nous avec des bruits épouvantables . Quelquefois nous sommes tout éclaboussés de terre d’autre fois nous voyons devant nos yeux des creux profonds causés par l’éclatement des obus toujours. Malgré ce fracas terrible il n’était pas le moment de battre en retraite nous dûmes partir pour attaquer en avant. Alors sur un front peut-être d’un kilomètre nous partons par petits groupes comme l’indique la théorie pour marcher sous le feu de l’artillerie. Nous faisons à peu près 500 mètres en avant et la nuit fait bientôt son apparition. Les compagnies sont entrecoupées par quelques buissons et négligent de se transmettre les ordres si bien qu’à un moment les uns battaient en retraite et les autres marchaient toujours de l’avant. Jusque enfin tout le monde reçut l’ordre de se retirer légèrement. A ce moment la nuit était venue et un orage formidable s’abattit sur nous nous trempant jusqu’aux os.... Il fallu plus de 2 heures pour se rassembler. Les villages qui brûlaient aux alentours faisaient apparaître des silhouettes de troupes au loin sur des crêtes qu’on occupait la journée et qui devaient toujours être occupées par notre batterie et une compagnie des nôtres. Mais toujours pour les causes de manque de communication on crut tout d’abord que cette Compagnie avait abandonné la position et que nous avions à faire à des troupes ennemies donc l’on se prépara à les recevoir en se dissimulant dans des granges baïonnette au canon tandis qu’une patrouille allait reconnaître ces troupes. C’était heureusement encore les nôtres et nous partîmes les rejoindre. Nous apprîmes que coûte que coûte nous devions pas abandonner le village de Dijon que la 7eC s’y trouvait toujours bien organisée à repousser toute attaque ennemie. Dans ces conditions la 8eC s’y porta dans la formation qu’une troupe doit prendre en marche de nuit pour je ne sais quel motif. Les sentinelles apercevant nos éclaireurs crient "halte-là!". Alors un incident se produisit. Nos éclaireurs n’ayant pas répondu peut-être assez vite ou n’ayant pas entendu la sentinelle prit peur et tira sur nous en criant " aux armes! " en prenant la fuite rejoindre leur compagnie qui croyant que nous étions ennemis mis baïonnette au canon prête à répondre à l’attaque. Notre patrouille en fit de même, rebroussa chemin par une voie inconnue sans avertir notre compagnie de ce qui venait de se passer et nous ne les avons pas revus même pour l’attaque du lendemain. Enfin nous sachant certains que cette escarmouche s’était passée faute d’attention nous rentrons quand même dans le village en criant " Ne tirez pas c’est la 8eC ". Mais cette compagnie étant toujours affolée ne comprit toujours pas et quelques uns tirent encore et nous arrivent dessus à la baïonnette. Mais à quelques pas nous reconnurent et s’arrêtèrent. Pendant ce temps une section du 53e Chasseur était en reconnaissance se mit à tirer aussi croyant que c’était l’ennemi qui les avait tiré dessus. Nous ne savions plus où nous en étions et à qui l’on avait à faire. Nos chefs ont tâché de nous faire garder le silence et de cette manière ils ont pu constater que nous étions tous des français en entendant le commandement des chefs de cette section égarée. Au premier moment de relâche de leur tir nous leur crions " ne tirez pas c’est le 51e bataillon de Ch qui est là! " et l’incident fut terminé. Cette malheureuse attaque nous coûta quelques blessés mais heureusement pas de mort. Après ce petit événement qui dura peut-être une heure ma compagnie se retira dans un groupe de maisons tout près de St Dié. Là nous barricadons toutes les routes et une sentinelle fut placée à chaque entrée et l’on se reposa quelques heures nos effets tout trempés et équipés, prêts à répondre en cas d’alerte car l’ennemi était à 500 m de nous. A ce moment des villages entiers brûlent : c’est la guerre dans tout ce qu’elle a de brutal. L’heure est tragique et solennelle. Notre vaillance emportée de Macôt se trouve bien restreinte sous le coup d’un si brusque chaos. La sueur perle à nos fronts que nous croyons pourtant si braves. Le 26 s’écoule. Le lendemain 27 août à 4 heures du matin " journée tragique et inoubliable pour moi " nous sommes debout. Encore une fois nous prenons le poste de la veille mais nous étions renforcés par 300 hommes de la réserve du 11eCh du dépôt qui venait d’arriver et une autre batterie de montagne. Qu’allait il se passer? Après une heure d’attente l’on aperçoit un de nos cycliste qui revenait à fond de train avec le fanion d’un uhlan qu’il venait d’abattre à coup de mousqueton et en blessant deux autres qui purent reprendre la fuite. Sa vaillance fut récompensée. Il fut nommé caporal immédiatement sur le champ de bataille. C’est à ce moment que va commencer la terrible attaque dont je fus témoin. En voici le récit du mouvement fait par la 4e Section de la 8eCompagnie au combat de Dijon près de St Dié que je crois me rappeler autant que possible dont je fus blessé au cours de l’assaut par une balle de fusil à la tête et faillis être achevé à coup de revolver lorsque j’étais étendu par terre inoffensif pour l’ennemi. Il était à peine 6 heures du matin lorsque le commandant de la 8eC le lieutenant Sibeyrand reçu l’ordre d’envoyer une section à la disposition du commandant de la 7eC. La 4e section fut alors désignée commandée par le sous-lieutenant Bonimond et nous partîmes dans le village sans savoir pour quel motif encore. Là, la moitié de cette section reçut je ne sais quelle mission. Nous nous restions donc plus que 25 à 30 h et furent mis en réserve pendant un instant. Pendant ce temps notre chef de section le lieutenant Bonimond nous fit part que nous étions désignés pour prendre l’offensive et nous fit quelques recommandations entre autres nous fit savoir où étaient placés ses papiers sérieux, son testament et en cas qu’il tombe au cours de cette mission de les prendre et les faire parvenir au commandant du Bataillon pour les faire parvenir à ses parents. Enfin l’on reçoit l’ordre de partir vers 7 ou 8 heures. Nous partons en tirailleur en vrais guerriers le courage nous est revenu peu à peu; nous voulons voir de près les casques à pointe. Avant d’entrer dans le bois à quelques mètres la patrouille les aperçoit et les voit se retirer. Ils nous en font part et le lieutenant leur dit de ne pas s’en occuper, de rentrer dans le bois, que ce n était que quelques patrouilles ennemies égarées. Exécutant les ordres reçus, elle continue. Mais une fusillade sur elle les arrête et ils reviennent se joindre à nous. Notre chef alors en tête nous rassemble en ligne d’escouade derrière lui et nous entrâmes tous dans le bois s’en s’occuper de la moindre des balles qui nous sifflait de plus en plus aux oreilles. Ayant marché ainsi quelques centaines de mètres nous aperçûmes l’ennemi bien supérieur en nombre que nous qui se dissimulait dans les broussailles à une centaine de mètres de nous en jetant des cris horribles et se préparait à résister à l’attaque. Nous reçûmes alors l’ordre de mettre baïonnette au canon et par le même commandement " en avant! " nous nous élançâmes sur eux avec un complet mépris de la mort. Après les avoir repoussés quelques mètres notre offensive fut arrêtée par le terrain accidenté qui se présentait à cet endroit. Là nous avons dû descendre dans un petit bas-fond pour pouvoir continuer notre attaque. A ce moment l’ennemi reçut son renfort et nous contourna sur la gauche et nous voilà pris comme dans une souricière. Cependant, on continue d’avancer. Le lieutenant le sabre d’une main le revolver de l’autre disparaît dans les broussailles sur ma droite ainsi que tous mes camarades plus qu’à quelques mètres de l’ennemi. C’est alors que se déroula le terrible drame dont je fus le témoin. Moi, je tenais la gauche à qui vers ce point venait s’effacer le talus d’une route que les Allemands occupaient en masse prêts à nous foncer dessus. Et alors mourir pour mourir sans m’occuper si mes camarades se trouvaient toujours là je fis face à eux debout derrière un sapin et je vidais dans le tas la chambre du magasin qui se trouvait approvisionnée au complet et je pus encore tirer plusieurs fois coup par coup. Lorsque je me découvrais une dernière fois pour viser, je fus atteint par une balle de fusil sous l’œil droit pour aller perforer l’oreille droite et je tombe à la renverse évanoui quelques minutes. Lorsque je reviens à moi, j’étais étourdi, je ne savais ce qui venait de se passer; je ne voyais plus rien et étais complètement assourdi. Mais en bougeant, je sens mon fusil crispé entre mes mains que je tenais placé sur mon ventre. Alors je compris la triste situation que je me trouvais et inutile de fuir puisque je me savais dans les lignes allemandes. Mais comme il pleuvait très fort ayant la face en l’air couverte de terre ou autre débris, la pluie le faisait pénétrer dans les plaies et venait approfondir mes souffrances. Aussi, je résolus de prendre une position plus commode. Je me débarrasse alors de mon sac avec peine et j’essaye de faire quartier face à terre. Lorsque je me trouvais appuyé sur les bras et les jambes, c’est à dire dans la position à quatre pattes, je reçus une balle à l’omoplate qui se logea dans les muscles du dos. Alors je tombe à plat ventre face à terre le bras droit sous ma poitrine le bras gauche allongé bien serré contre mon flanc gauche, les pieds allongés et joints et en l’affaire de quelques secondes, j’en reçu quatre autres : une au bras gauche dont le radius fut fracturé et traversa, une à la fesse gauche qui traversa et forma une plaie en séton et ces deux dernières dans le mollet et le talon gauche et y restèrent. A l’ignoble brute qui s’acharne ainsi sur moi pourtant incapable de nuire, c’était cinq coups de revolver tirés à bout portant. Les allemands n’achèvent-ils pas toujours les blessés. je ne devais pas faire exception à la règle. Je ne perdis pourtant pas une minute connaissance. La vue étant toujours totalement perdue je me trouvais toujours dans la complète indisposition de pouvoir me défendre. Donc je fis le mort autant qu’il m’a été possible et je crus bien que ma dernière heure était venue. Je songeais un instant à mes chers parents que je ne verrais plus; je songeais aussi à mon frère qui devait être aussi engagé dans les forêts voisines et j’offris à Dieu ma vie. Mais non, la mort ne voulut pas de moi. Mon boche après m’avoir retourné en tous sens me crut dans mes derniers râles et se contenta de me dépouiller de tout ce qui me restait : la somme de 108 francs environ et ses forfaits accomplis me remit face à terre et me laissa ainsi. Après avoir resté ainsi quelques heures, la pluie ne cessait pas de tomber; de forts frissons m’ont pris et je me sentais encore toujours bonne constitution et la vue de l’œil droit me revient légèrement. Alors je m’efforce de revoir ce qui se passe autour de moi; je lève légèrement la tête et j’aperçois un convoi sur la route au dessus d’où y sillonnaient des silhouettes que je pouvais distinguer leur uniforme et leur figure. M’ayant aperçu que je bougeais l’on s’approche de moi en me disant en français mal parlé "Camarade vous êtes blessé ? êtes vous marié ? l’on va vous ramasser la Croix Rouge est là vous voulez ?" je leur réponds oui et je me trouve tout de suite environné d’un groupe d’hommes qui chacun me lançait son petit boniment. Les uns me disaient qu’ils allaient bientôt être à Paris et que nous avions subi que des défaites depuis le commencement, que la guerre allait être finie et que nous serions avec eux. Enfin un autre me dit " les Français sont méchants, ils ont tiré sur nos blessés !". Lorsque je me disposais à protester énergiquement et aller leur faire part de l’atrocité que je venais d’être témoin, une voix causant bien franchement le français leur dit " ça va bien ! emportez moi cet homme à l’abri ". Et enfin aidé par deux hommes je sautai sur une jambe jusqu’au village d’où nous étions partis et qui était alors occupé par eux. Je fus hospitalisé dans une ferme dont le nom de la propriétaire mérite d’être signalé. Madame Morel aidée de sa fille se dévoua entièrement au service des blessés tant allemands que français pour que nous soyons pas trop maltraités par ces barbares qui avaient toujours le revolver au poing et nous menacèrent à chaque instant de nous achever. Je fus donc par cette dame déshabillé entièrement et elle me remit du linge sec et ensuite aidé d’un infirmier allemand l’on me pansa mes blessures. Je restai ainsi obligé de coucher par terre tandis que nos envahisseurs s’étaient appropriés les lits et les matelas de la maison et nous envoyaient leurs crachats et leurs ordures dessus, obligés de supporter ces orgies sans murmures. Bientôt cette dame craignant que l’on soit bientôt évacués fit les démarches nécessaires pour faire parvenir de nos nouvelles à nos parents en inscrivant notre nom et prenant note de l’état de notre blessure et des différentes nouvelles que l’on désirait leur faire parvenir. Mon état étant jugé grave, j’ai eu le bonheur d’éviter l’évacuation. Le lendemain, tous les allemands furent évacués avec une partie des nôtres pouvant supporter le voyage. Ce qui commença à faire notre bonheur je pus et ainsi que mes camarades être mieux couché. Nous fûmes rassemblés au nombre d’une douzaine dans la même chambre et confiés aux soins de cette dame pendant deux jours. A l’occupation de la ville de St Dié et lorsqu’ils y furent installés nous fûmes transportés dans l’hôpital de cette ville dans une voiture à foin traînée par des bœufs pendant la nuit vers 9 ou 10h du soir. Immédiatement je fus placé dans un bon lit mais n’ai pas pu dormir mon pansement n’ayant pu être renouvelé vu le manque de temps. L’hôpital était alors sur la complète domination allemande. Mais les bonnes sœurs françaises y étaient restées. Le service sanitaire y était organisé par les médecins allemands et un groupe d’infirmiers du landwher où une discipline y régnait et recevions les meilleurs soins sans différence des leurs. Le lendemain nous fûmes alors placés selon la gravité de ses blessures ; un allemand alsacien reçut l’ordre de prendre notre nom. Lorsqu’il passa vers moi, il fut étonné de voir que je lui donnais le même nom et la même adresse qu’un autre de la chambre et il m’en fit part. Aussitôt je demande à m’entretenir avec ce blessé que je reconnus très bien lui aussi puisque nous étions tous les deux de Beaufort même. L’on essaya de se causer mais comme l’on se trouvait dans chaque bout de la salle je ne pouvais comprendre chaque fois ce qu’il me disait étant en partie sourd. Nous demandâmes alors de vouloir bien nous placer l’un à coté de l’autre. Ayant déjà chacun son numéro d’ordre ça nous a été refusé. Enfin j’y fus encore assez bien soigné si le temps leur avait permis de s’occuper plus soigneusement de nous. Mais pour ce motif mon bras fracturé ne reçut pas des soins assez souvent qu’il se consolida en cerceau. Pour quand à mon pauvre compagnon, il dut subir l’amputation de la jambe fracturé et de ces suites à son retour dans la chambre il perdit connaissance pour ne plus la retrouver. Il succomba après trois jours d’agonie muni des sacrements de l’église. Je restais 13 jours prisonnier et par un miracle providentiel j’échappais encore à l’évacuation en Allemagne. Le jour que je devais dire adieu à la France personne n’avait été prévenu. Mais certains remue-ménage nous en laissaient des doutes car la veille l’on avait changé le personnel de l’hôpital. Et pour ainsi dire les remplaçants étaient de véritables sauvages. Ce jour même dès 8 heures du matin l’on procéda à un déménagement qui n’était pas ordinaire. Et vers dix heures au moment du dîner lorsque tranquillement assis sur mon lit je prenais mon repas un major se dirige directement sur moi et me dit: " Comment vous n’êtes pas encore prêt ? laissez votre dîner et habillez vous ! " La pauvre sœur directrice ayant entendu ses brailles s’est amenée et lui dit d’une voix douce: " comment monsieur il vont partir ? vous nous avez pas prévenu ! ces hommes ils ne sont pas prêts, ils n’ont pas leurs effets et n’ont pas mangé ". Et il répondit d’une voix ouragante: " cela m’est égal ! vous avez encore quelques minutes pour les faire se préparer et s’ils ne sont pas prêts ils partiront comme ils sont !". Aussitôt, puisqu’il en était ainsi, aidés de quelques infirmiers civils, l’on nous apporta une brassée d’effets et tant bien que mal l’on s’habilla et chacun resta sur son lit se restaurant encore un peu en attendant que l’on vienne nous prendre avec des brancards et nous embarquer vers l’Allemagne. Mais bientôt se voyant poussé pour partir le matériel leur manquant pour nous emmener, l’on prit d’abord les leurs et nous passant une dernière visite nous jugeant inapte à refaire campagne nous abandonnaient au nombre de 21 dont je me trouvai parmi ces heureux. Ils quittaient alors précipitamment la ville avec leur butin; mais notre bataillon renforcé par d’autres régiments les poussait d’une telle façon qu’ils se virent obligés d’abandonner encore une partie de nos blessés et même des leurs afin d’éviter de se faire prendre au complet. Après un combat acharné qui se poursuivit toute la nuit du 10 septembre, ils furent poursuivis jusqu’à la frontière et le 11 vers 10 heures du matin nos troupes firent leur entrée dans la ville aux acclamations de la population qui les couvrit de fleurs. J’étais délivré, j’avais donc l’espoir de revoir ma chère Savoie, mes parents, mes amis. Malgré mes horribles souffrances car mon corps n’était plus qu’une plaie je connus un moment de bonheur. Le 12 le service sanitaire fut réorganisé par la Croix Rouge française et le 13 la voie ferrée était en état de refaire le ravitaillement et amener des trains sanitaires. Donc ce jour il fut fait un triage des blessés qui leur était possible de supporter le voyage. Aussi comme à chaque instant des marmites venaient éclater tout près de l’hôpital et que tous les jours l’on entendait le canon j’aurais voulu être du premier convoi à partir. Mais mon état étant jugé trop faible ce jour car j’avais plus de 40 de fièvre l’on s’y opposa rigoureusement. Bientôt ayant reçu de bons soins de nos médecins la fièvre baissa et je me trouvai mieux. Aussi le 16 je fus désigné pour partir. Et vers 3 heures de l’après-midi, je quittais Hôpital et transporté à la gare par des voitures sanitaires. A 7 heures le train s’ébranle dans la direction d’Epinal et je quitte peut-être pour toujours cette charmante petite ville où en peu de temps ma vie fut si mouvementée mais malgré cela j’en garde les meilleurs souvenirs des grands soins reçus des chères sœurs françaises et dont certaines bonnes personnes s’étaient jointes à eux pour leur porter aide aux soins si nombreux que l’on avait besoin. Quoique à ce moment on a dû dans cette contrée céder un peu de terrain et subir les ravages de la guerre, la défaite pour nos ennemis n’en a été que plus grande puisque ce petit coin de France a été surnommé par eux le trou des morts, qu’ils y avaient été amenés par une fausse manœuvre de leur chef, y avaient perdu à cette époque déjà plus de 15 000 hommes et aboutissaient à rien. Je m’aperçois que je me suis égaré sur le récit de mon voyage et je continue. Etant dirigé sur Epinal, j’arrive dans cette localité vers 1 heure du matin ou le train stoppa. Et je reçus la visite d’un major qui me jugea trop faible pour aller plus loin et je fus transporté à l’hôpital St Maurice de cette ville en automobile et y resta jusqu’au 14 octobre ou je reçu de très bon soins mais bien pour ainsi dire provisoires. Je passai à la radioscopie d’où l’on put constater que 3 balles m’étaient restées, une dans les muscles du dos qui fut enlevée le 20 Septembre et les autres au mollet et talon gauche par la même occasion l’on y passa le bras consolidé en cerceau. Et ces opérations furent renvoyées croyant que les projectiles pourraient s’amener à un endroit plus facile à enlever. Après avoir resté ainsi quelques jours l’on me fit entrevoir ce qu’étaient mes blessures et si je tenais à être opéré le bras pour le remettre en bonne position mais qu’il serait peut-être préférable de le laisser ainsi. Et moi je leur répondis franchement que s’il était possible de le remettre en place, qu’il le fasse immédiatement, cela m’était égal de souffrir quelques jours et l’on consentit à le faire. L’opération eut lieu le 28 septembre et réussit très bien puisque à ce moment je n’en ressent qu’une faiblesse et par la même occasion l’on essaya mais sans résultats d’enlever celle du mollet qui m’avait amené un douloureux abcès. Les suites de ces opérations m’amenaient bientôt un rétablissement partiel et me permirent de marcher avec une canne. Aussi vers le 14 octobre l’on décida de m’envoyer dans une autre formation. Lorsque avant mon départ je demandai au docteur ce que deviendraient les projectiles qui me restaient, il me répondit que je finirai de guérir ainsi et que je ne m’en ressentirai jamais de ma vie. Je lui fit part de mes meilleurs remerciements des bons soins qu’il lui a été permis de me donner et je me disposai à quitter Epinal sans avoir de grands regrets pour le motif ne voulant froisser personne, je m’abstiens de l’écrire. Nous prîmes le train vers 3 heures de l’après-midi dans des wagons très bien aménagés. Nous arrivâmes à Gray vers 1 heure du matin pour en repartir que vers midi. Là j’y ai eu le bonheur d’y rencontrer plusieurs infirmiers compatriotes qui me firent part des nouvelles sensationnelles du pays de qui je m’en étais trouvé privé depuis le début de la guerre jusqu’à cette date. Après avoir reçu les meilleurs soins d’eux nous fûmes dirigés sur Besançon et y sommes arrivés vers 8 heures du soir et furent placés dans différentes formations. Tout d’abord Hôpital temporaire d’Helvétie où je fus traité comme un enfant gâté et ensuite 15 jours après mon bras étant consolidé et toutes mes blessures n’ayant pas besoin d’aucun soin comme il était jugé par ces médecins, je fus envoyé pour un jour ou deux à l’hôtel du Casino et ensuite au dépôt de convalescence des soieries . Là après un autre séjour de 15 jours, je fus proposé pour passer devant une commission d’où j’y ai obtenu une convalescence de deux mois. Vers le 14 novembre, je quittais donc cette ville gardant de très bon souvenirs de la population dont certaines âmes généreuses qui venaient nous visiter nous les blessés en nous comblant de friandises et de bonnes paroles. Ma convalescence portait l’itinéraire à suivre Besançon-Albertville. Mais comme j’avais été mobilisé de Paris et me voyant plus la capacité de pouvoir y retourner, je me dirige dans cette direction et paya quart de place du chemin détourné. Après y avoir séjourné un jour, je fis mes adieux le coeur bien gros à mes patrons dont j’avais resté deux ans à leur service et je que garderai toujours le souvenir. Et enfin, je fis mes adieux à mes parents et amis et je me dirige avec mes bagages vers la Gare de Lyon et je quitte la capitale peut être pour toujours par le train de minuit quarante cinq pour rejoindre mes parents en Savoie et y passer mes deux mois de convalescence. Quelle joie pour un guerrier de revoir son cher patelin et comme j’ai trouvé agréable ma chère vieille maison si délabrée fût elle ! J’avais deux mois de bonheur à passer. Quoiqu’ayant été bien soigné, je devais rester avec de tristes infirmités: j’étais myope, j’étais sourd complètement d’une oreille, mon bras cassé bien faible quoiqu’ayant été remis bien en place et il me restait encore deux projectiles dans la jambe. Et voilà après un mois et douze jours avec eux, ma jambe se met à me refaire mal. Je dois quitter brusquement mes parents et sous l’ordre du brigadier de gendarmerie au lieu de rejoindre mon dépôt, je vais directement à Aix-les-Bains. Là, d’après une première visite passée au grand Cercle mon état est jugé assez grave et l’on m’envoie directement à l’hôpital de cette ville où des pansements soignés ont bien vite raison de ma douleur et dans quelques jours on va essayer de m’extraire mes projectiles. Enfin le 8 janvier après avoir été minutieusement passé à la radioscopie des médecins habiles procèdent à l’extraction de la balle du mollet. Elle est retirée. J’en ai encore assez souffert car cette balle était bien profonde et mauvaise vu qu’elle était aplatie et formait des crochets. Mais avec les bons soins reçus un mois après j’en suis rétabli et je n’en ressens plus aucune douleur ou que légère. Etant rétabli de celle-ci, bientôt l’on s’occupa de celle du talon qui, comme partout les docteurs dont je reçus les soins, était jugée très difficile à enlever et en restaient dans une indécision complète de l’enlever vu que je n’en souffrais pas trop et que je marchais ainsi encore assez facilement. Comme je craignais des suites graves pour la suite de cette dernière je demandai à ce que l’on me l’enlève. Je fus donc radiographié et l’opération fut décidée. Le 26 mars elle fut retirée par le chirurgien Cléret de Chambéry avec l’aide du docteur de la formation Monsieur Duvernay dont l’opération précédente avait déjà été faite par eux. Cette dernière se fit dans de très bonnes conditions sans que je ressente rien au moment où on l’enlevait vu que j’ai été bien endormi et sans en souffrir beaucoup des suites à mon réveil. Mais les nerfs ayant agi sur toutes les formes au moment de l’extraction j’en fis voir des cruelles à mes opérateurs qui étaient six pour me tenir et y employaient toutes leurs forces. La grande quantité de chloroforme que l’on m’a fait aspiré ne fit rien pour me calmer et cependant je me rappelle pas d’avoir souffert. Mais quelques heures après mon réveil je me trouvai bien indisposé causé par le chloroforme à qui après chaque opération que j’ai eue à subir me donna un assez fort mal de cœur pendant 24 heures. A ce moment mon état ne cesse de s’améliorer et d’ici peu j’espère en être bientôt rétabli. 10-04-1915

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    • 1915-07-20
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