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Title

Carte postale (d'Allemagne ?) de Joseph Grimal à Henri Grimal s. d.

Description

    • " En 1914, l'ordre de mobilisation appelait les futurs soldats du village d'Arvieu à rejoindre dans les quarante-huit heures la caserne de Rodez, centre de rassemblement et d'équipement. Ils furent exacts au fatal rendez-vous qui leur était donné, mais éberlués, fatigués, fatalistes et loin de la "fleur au fusil". L'impression de gravité, de tension même, prévalait sur le visage de ces hommes. Arrachés brutalement à leur vie ordinaire, ils étaient conscients d'être mêlés à une action grave, mais dont ils ne saisissaient pas nettement la portée. Entrer en tant que pions dans le jeu, inconnu pour eux, que représentait la politique des Puissances européennes, ne présentait aucun intérêt. Même le patriotisme qu'à l'école les instituteurs avaient promu au rang de vertu cardinale, n'avait pas apporté son souffle sur toutes les sensibilités. Pour se rassurer eux-mêmes et leur famille, ils répétaient sans cesse que ce serait l'affaire de quelques jours, tout au plus de quelques semaines. Aucun ne parlait d'aller "à Berlin!", mais tous avaient hâte de rentrer à la maison. Curieusement, leur premier contact avec le dépôt militaire provoqua dans leur personnalité une prise de conscience, une transformation mentale, perceptible à travers la correspondance que mon père ouvrit immédiatement avec ma mère, et dont j' ai pu conserver l'essentiel. L' impression d'ensemble est que l'aimable désordre administratif de la mobilisation générale tenait au fait que celle-ci se déroulait au réel pour la première fois, sans que l'on ait pris soin d'en roder les détails par des répétitions préalables. C'était en effet une arrivée simultanée et massive, dont les états-majors n'avaient pas prévu l'ampleur et les risques. Par inexpérience, on fit affluer tous ensemble dans les casernes des milliers d'hommes que les moyens disponibles ne permettaient pas d'héberger, ni d'équiper rapidement. La pénurie de personnel d'encadrement et de locaux laissa donc aux mobilisés une liberté quasi totale et de longs loisirs. Pour des hommes déjà assez désorientés de se trouver séparés de leur famille et coupés de leurs occupations ordinaires, sans qu'on ait prévu des besognes nouvelles pour les employer, cette vie paraissait vide, cette inaction pesante. Surpris et heureux de se retrouver ensemble hors de chez eux, ils réinventaient une camaraderie de village, depuis longtemps oubliée. Comme s'ils étaient retournés à leur adolescence, ils organisèrent une sorte d'existence parallèle. Ils la jugeaient provisoire puisque, à l'estimation générale, la guerre serait très courte. Aucun d'eux ne doutait qu'il retrouverait sa maison rapidement pour rentrer ses récoltes, au pire après un bref voyage collectif vers des régions inconnues. Pour le moment, toutes les facilités leur étaient laissées d'éviter la promiscuité de la caserne, où les unités ne se formaient que lentement dans un climat de confusion. Ils bénéficiaient ainsi d'une absence presque totale des appels réglementaires, comme de tout encadrement par des gradés. Ils se retrouvaient donc, comme au village, autour d'un "litre" de vin pour bavarder, comme ils le pratiquaient au bistrot. Il y avait là les voisins, le plus ancien Nayral le marchand de vin, Baldet le boulanger, Elie le forgeron, Terral de Girman, Portal "lou torquet" et quelques autres. Ils se promenaient, faisaient ripaille à l'heure de leur choix, avec les amples provisions apportées de la maison et mises en dépôt chez Blanche, une parente de mon père. Cela ne les empêchait pas de penser à la situation particulière dans laquelle ils se trouvaient et à leur devoir de soldats vigilants. On lit dans une lettre adressée à ma mère cette observation stupéfiante sous la plume et si peu conforme à la nature d'un homme aussi doux et pacifique que mon père: " Hier au soir, écrit-il le 6 août, nous avons ramassé trois individus suspects, dont un voulait faire sauter le pont de la Gascarie ( ligne de chemin de fer vers Toulouse). Mais ils ont passé un mauvais quart d'heure. L'un est mort ce matin et tu peux croire que je n'ai jamais envoyé un coup de pied dans les reins pareil; il ne voulait pas entrer au poste de police..". Ils vont ensuite à la cathédrale se faire "bénir par Mgr l'évêque de Rodez". Il ajoute: "Nous les gens d'Arvieu, nous nous sommes tous revus. Tous sont courageux, même Mathieu ( Portal qui passait pour un couard). Il est vrai que ce dernier pensait tout danger écarté pour lui, puisqu'il "part cette nuit pour Marseille, puis l'Algérie où l'on craint des troubles". A peine entamée cette nouvelle existence fut menacée de disparaître lorsqu'on leur annonça brusquement le 9 août, qu'ils partiraient "le soir même pour un voyage en chemin de fer ", de trois jours. Sans doute des difficultés surgirent-elles dans le remue-ménage de la mise en place des armées, car le voyage dura plus de trois jours. Des cartes au crayon violet, écrites à la hâte à sa femme, signalent le passage de mon père, le 9 au Larzac, le 10 à Béziers, le 11 à Chagny ( Saône et Loire). Le front de Lorraine dut être atteint le 15, aux environs de Lunéville. L'intendance n'avait pas suivi régulièrement, puisque mon père signale que les betteraves du lieu, qu' ils ont été obligés de consommer pour apaiser leur faim, ont une saveur désagréable. Dès le lendemain, près des bourgs de Rehainviller et Gerbewiller, le contact est pris avec l'ennemi. La compagnie est reçue par une grêle de balles qui ne semblent pas avoir fait beaucoup de dégâts. Le 23 en pleine bataille et sous la pluie, il écrit: " je ne peux pas m'expliquer sur ce qui se passe ici, de peur que ma lettre tombe entre des mains indiscrètes". Effectivement, mon père est un soldat docile, respectueux des consignes de prudence. De son existence on apprend peu de chose. Cependant, chez ce combattant improvisé, jeté sans aucune préparation dans le combat, on sent à travers les lettres sourdre un germe de démoralisation. Le danger présent partout, la pluie incessante sans moyen de s'en protéger, une organisation matérielle insuffisante, l'éloignement des siens, le poussent à rechercher un recours. Sa foi paysanne le lui fait trouver dans la religion. Dans sa lettre du 28 août, à trois reprises, il demande à ma mère "de vouloir bien acheter un cierge et de le faire brûler à la chapelle de la sainte Vierge" pour se mettre sous sa protection. Par contre, ce qui est un signe d'une certaine tranquillité d'esprit, ce paysan retrouve son centre naturel d'intérêt et demeure très sensible au spectacle des champs qui l'entourent. Il s'attarde sur la description des récoltes, qui sont "mûres et belles". Le 28 août , le ton de sa correspondance est complètement différent. Certes il est heureux d'avoir reçu une lettre de sa femme, qu'il lit sous les balles qui sifflent à ses oreilles, mais la persistance du mauvais temps, le danger aussi qu'il sent monter autour de lui, atteignent son moral. Dans la lettre au crayon déjà citée, visiblement écrite sous la pluie et dont les mots sont délayés dans des taches violettes, il exprime cette crainte. " Je prie bien Dieu tous les jours et j'espère qu'il m'accordera la grâce de revenir auprès de toi. Par la grâce de Dieu, je suis en bonne santé, malgré les dangers que j'ai courus...Les camarades d'Arvieu qui étaient à ma compagnie ont été blessés, mais légèrement, cela fait que je suis tout seul. Ils ont été évacués. Quant à nos faits de guerre, je ne puis t'en parler. Nous avons fait hier près de cinq cents prisonniers, mais je ne sais pas ce que nous réserve l'avenir. Il fait ici fréquemment des averses qui sont très froides et achèvent de nous esquinter, parce que nous ne pouvons pas nous changer". Il interrompt là sa lettre "car il pleut". Le lendemain, nouvelle affaire très sérieuse. Il est touché au genou par une balle qui lui fait une blessure dont on ne connaît pas la gravité. Évacué à son tour le 9 septembre, il se retrouve cloué sur un lit d'hôpital à Rodez. Quelques jours après, il demande à sa femme de venir le voir et d'amener son petit garçon. Effectivement, le lendemain soir nous prenons le "courrier", seul moyen de transport existant. Après trois heures et demi de cahots pénibles. nous arrivons à Rodez. Il fait nuit, mais le rues sont éclairées par des becs de gaz. Je constate avec curiosité, que certaines grandes voitures sans chevaux circulent sur des rails (les Tramways) avec de bruyants grincements et des étincelles brillantes. Le lendemain, lorsque nous arrivons à l'hôpital, j'ai du mal à reconnaître mon père dans le soldat que j'ai devant moi. On l'a assis dans un fauteuil, les mains croisées sur la crosse d'une grosse canne. Il ne peut se déplacer seul. Une grosse capote militaire l'enveloppe tout entier et lui tombe à mi-mollet; son visage pâle et terriblement amaigri s'orne d'une grande barbe noire; il semble bien fatigué et triste. Je l'embrasse, il me dit quelques mots et on me prie de sortir de l'hôpital. Mon coeur est bien lourd. " C'est çà, la guerre?" Le 20, il écrit à ma mère: "Quant à mon genou, c'est à peu près pareil; il me fait plus souffrir aujourd'hui à cause de l'humidité. Le major nous a passé la visite et m'a promis de m'y mettre une couronne de pointes de feu. Que veux-tu, pourvu qu'il me guérisse, il faut bien souffrir quelque chose pour l'amour de Dieu et de la France. J'espère que bientôt nous aurons la victoire, d'après le rumeur publique et les journaux. Tu me dis que nous ne sommes pas très riches en récoltes. C'est mieux encore que les pauvres gens des frontières, qui en avaient de très belles, mais n'ont pu les ramasser". On doit saluer ces pensées admirablement altruistes, parfaitement conformes à son naturel. Le 6 octobre, il écrit:" Quant à moi, c'est à peu près la même chose, le major me reconnaît malade, mais il ne regarde personne pour voir ce qu'il a". Plus loin, à propos de la guerre: "Comme le 322e régiment et le 122e ont été anéantis, on a mêlé les restes au 81e, 96e, etc. Puis viennent les propos de l'homme pieux, présents dans toutes les lettres: "il faut toujours offrir nos peines et nos afflictions au bon Dieu, en pénitence de nos péchés et il te faut lui offrir aussi la séparation momentanée, pour les péchés que nous avons commis et lui promettre de bien le servir quand nous serons réunis." Dans les mois qui suivirent, commença pour lui une course hallucinante et des passages plus ou moins longs dans les Dépôts d'évacués, les hôpitaux militaires, les centres d'observation, avec visites, contre-visites, au cours desquelles les médecins militaires ne semblent pas trouver une thérapeutique adaptée. La blessure ne s'améliore pas. Le genou ne guérit pas. Le 28 mai 1916, il transcrit, pour ma mère le diagnostic médical suivant: Arthrite et hydarthrose du genou gauche, avec atrophie de la cuisse de 2 centimètres." Incapacité ou indifférence, les médecins militaires semblent totalement inopérants. Y avait-il eu une blessure plus grave, dont on n'avait pas parlé? Pourquoi s'efforce-t'il de rassurer sa femme, à qui il a été rapporté par on ne sait qui, que la santé de son mari n'était pas en bon état? Pour la distraire et la rassurer, il mentionne par des allusions coquines, inattendues sous sa plume qui ne se permet jamais la moindre gauloiserie, les petites aventures " à propos de quelques bonnes dames ici, qui ayant leur mari sur les frontières, ne se sont pas trop bien menées (conduites). C'est affreux dans le temps que nous traversons. Tant pis pour elles." Comme rien n'est plus opaque que la médecine militaire, nous ne savons rien. Les rumeurs les plus étranges courent à son sujet. Est-il parti aux Dardanelles, comme le prétendent certaines correspondances? C'est peu probable, dans l'état physique où il se trouve. Entre tous ces bruits, ces rumeurs dont on ne connaît pas l'origine, on s'y perd. C'est la plus épouvantable pagaille. Il nous apprend enfin, qu'il est affecté dans l'artillerie lourde ( 115e régiment) comme canonnier, qu'il reste classé comme"actif puisque l'auxiliariat" lui a été refusé. Il ne changera plus d'unité jusqu'au 17 juin 1917. Ce jour-là, une laconique dépêche militaire nous apprend que "le canonnier Grimal Henri, mort pour la patrie, a succombé à ses blessures au Dépôt militaire d'Agde". Sans aucun doute, il y a des pièces manquantes dans le puzzle de ces mois décisifs. La correspondance avec ma mère a disparu pour cette période et je n'ai jamais osé, pour ne pas raviver sa douleur, lui poser de question au sujet de ce problème. Je me sens donc incapable d'en reconstituer avec quelque précision le schéma et la chronologie. Sur cette date à laquelle j'apprends que je n'ai plus de père, et que ma mère n'a plus de mari, il s'est produit dans ma mémoire un trouble étrange, un traumatisme comme dans le cas d'un accident sérieux, où la notion des faits est perdue sans retour. Plus qu'une douleur physique, j'eus le sentiment d'être brusquement privé d'une partie de ma personne, ce qui faisait de moi un personnage particulier. Seuls ont subsisté quelques lambeaux de souvenirs sans consistance, ne me fournissant aucune information solide, mise à part l'impression très forte que, depuis sa blessure, je ne l'avais pas revu à la maison. " souvenirs d'un historien, GRIMAL Henri (1910-2012), fils du soldat Henri Grimal ( - 1917), in "Un peu de tout, beaucoup de riens souvenirs d'enfance et de jeunesse", Presses de l'Université des sciences sociales de Toulouse, 2005, pp. 95-100, ISBN 9782915699067

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    • 2013-11-21 16:14:04 UTC
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    • Western Front

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    • 96100
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    • 2016-07-27
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    • 2016-07-27

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